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Retour de grange

Publié le par lesdecoiffes.over-blog.com

 

C'était aujourd'hui même, au hasard d'un déplacement de travail :


- Tiens, toi qui aimes les vieilles voitures, j'en sais une chez un paysan, tu veux la voir ? C'est juste à côté.

- Pourquoi pas, quelle voiture ?

- Une grande, et sur le radiateur, il y a Talbot écrit en gros. Tu connais, Talbot ?

 

Détour, routes de campagne et l'homme est là, devant sa maison. 75 ans peut-être, ou peut-être un peu plus


- Salut A..., on vient voir ta voiture.


La grange est attenante. Elle est là, cette grande berline. Comme toutes les autos dans toutes les granges, elle est sommairement couverte de vieux draps, de plastique et entourée du bric à brac habituel d'une grange. Il faut se glisser entre un fût de pétrole vide, une faucheuse, des sacs d'engrais, pour soulever le voile, dans le silence. Le sigle Talbot apparaît sous la première bâche soulevée, suivi de 6 (cylindres) et de 11 HP. C'est une M 67 de 1929.


- C'est mon père qui l'avait achetée, alors je l'ai gardée.

 

On ouvre le capot, c'est bien le 6 cylindres à simple arbre en tête. Un peu de poussière tombe sur le bloc. Dans ces moments-là, on essaie de tout regarder, de la Dynastart au bloc, du carburateur au collecteur d'échappement. 


- L'exhausteur m'a emm..., mais finalement c'était juste un clapet bloqué, et maintenant elle tourne comme une horloge.

 

Elle tourne, mais elle ne bouge pas de cette grange depuis des années.

 

Puis on soulève, dans cette mystérieuse et indicible odeur du temps, d'autres bâches, on jette un œil à l'intérieur sur le grand volant, l'éllipse du tableau de bord, le levier de vitesses, puis à l'extérieur sur la caisse. Une mince couche de rouille la recouvre, mais, par endroits, restent encore des traces de peinture cellulosique couleur bordeaux. On fait encore le tour de la voiture, deux fois, trois fois.

 

La visite est terminée. On recouvre la Talbot de ses bâches.

 

- Vous allez la remettre sur la route ?

- Oui, c'est prévu, maintenant que j'ai revu la mécanique, le plus gros est fait.

 

Le plus gros est fait...

 

Nous avons repris notre route, laissant le vieil homme à ses rêves. La voiture est bien conservée, elle peut un jour retrouver son éclat d'antan, mais la question est-elle d'actualité ? L'actualité, c'est cet homme qui tous les jours va la voir, lève un coin de bâche et rêve.

 

(de tout, sauf de la vendre)

Publié dans Bord de route

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Tableaux de bord : Bugatti 35

Publié le par lesdecoiffes.over-blog.com

 

Faisons un rêve : nous allons nous installer au volant de la dream-car des sportifs des années 20, la Bugatti 35.

 

TBB Bugatti 35

 

Il faut enjamber l'échancrure de la caisse, se glisser sur le spartiate coussin en cherchant où caser tous les pieds, et ça y est, on est installé face au volant à branches aluminium et cerclage bois. On se demande bien quel est le curieux dispositif qui trône au centre, réponse tout à l'heure.

 

La planche de bord, le seul élément de l'habitacle à peu près exempt de projections d'huile, est en aluminium bouchonné et fixé par des rivets affleurants en cuivre (contre les vibrations).

 

Tout en bas à gauche, la manette qui ressemblerait presque à une poignée de porte, et qu'agite frénétiquement le pilote avant de faire rugir le huit cylindres commande une pompe manuelle. Pas pour gonfler les roues, mais pour mettre sous pression le réservoir d'essence qui occupe presque toute la pointe arrière (car la voiture n'a pas de pompe à essence conventionnelle... vous suivez ?)

 

Au-dessus, le commutateur d'éclairage et la montre indiquent que cette voiture-là a été civilisée pour un usage routier.


Les trois petits cadrans en dessous peuvent renseigner si on a le temps de les consulter sur le niveau d'essence, la température d'eau et la pression d'huile.

 

Avant de quitter le côté gauche, attardons nous un instant sur la petite manette verticale au dessin très, très Bugatti. Elle permet de régler à la volée l'avance à l'allumage. C'est une commande essentielle et le pilote peut l'actionner du bout du doigt sans lâcher le volant.

 

Côté pilote maintenant, un coupe circuit rapide qui met la magnéto à la masse (rapide, quoique... puisqu'il faut passer la main à travers les branches du volant pour l'actionner).

 

Et le gigantesque compte-tours. Il est diabolique, ce compte-tours : il progresse par secteurs, par soubressauts de sa fine aiguille alors que le son du huit cylindres passe des graves aux aigus.

 

Le levier de vitesses ? Il est rejeté à l'extérieur de la caisse sous la main droite du pilote.

 

Alors, la pieuvre orange et ses huit tentacules en plein milieu du tableau ? C'est la magnéto. Et pourquoi l'avoir placée là ? Pour l'abriter des projectionds d'eau et d'huile ?

 

Le rêve continue, on n'est pas encore réveillé. Première, ça pousse très fort, deuxième à fond, ça pousse encore et ainsi de suite jusqu'à la quatrième, et ça pousse toujours. Il faut l'avoir vécu, et là, on est complètement réveillé. Les roues avant dansent sur le bitume et le grand compte-tours est finalement le seul instrument qu'on a le temps de regarder, et encore, dans un éclair de lucidité.

 

Publié dans Tableaux de bord

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