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Tableaux de bord : MG J2

Publié le par lesdecoiffes.over-blog.com

 

Aujourd'hui, prenons place à bord d'une des plus sympathiques sports cars anglaises d'avant-guerre, la MG J en version 2 places. Sortie à l'été 1932, cette petite boule de nerfs tentait de séduire les sportifs de l'époque, et son tableau de bord devait être à la hauteur de ses ambitions. Sur les évolutions ultérieures, PA, PB, TA, TB et TC, ce tableau deviendra par petites touches plus cossu (bois, chromes), sinon plus complet. Cette première mouture est très cyclecar.

 

Ce qui frappe d'abord, c'est le double bossage de l'auvent. Outre leur contribution à la ligne de la voiture, ces deux bossages faisaient office de saute-vent, protégeant pilote et passager quand ils visaient la vitesse maximale, laquelle ne pouvait être obtenue que pare-brise rabattu (enfin... obtenue, à peu près, on y reviendra). Et puis, il y a tous ces encadrements octogonaux, qui rappellent le monogramme de la marque, on y reviendra aussi.

 

La "planche" de bord elle-même est une plaque d'aluminium bouchonné vissée directement sur l'ossature en frêne de la caisse.

 

MGJ2TBB

 

Face au passager, la grande platine octogonale en laiton embouti peint en noir combine (en partant de 12 h et dans le sens des aiguilles d'une montre) le contacteur d'éclairage, qui comporte en son centre le logement de la clé de contact Wilmot Breeden, un petit logo MG, le manomètre de pression d'huile Smith gradué en livres par pouce carré, l'amperemètre Lucas, et enfin l'énorme témoin de charge. Les deux champignons rouge et noir à 6 h : une prise qui recevait un "éclairage d'inspection", petite lampe fournie avec la voiture.

 

Immédiatement à droite, la montre mécanique Smith, proposée dans l'option "Deluxe". Aujourd'hui, on dirait Expression, Sensation, Premium, Exclusive, les temps changent (l'automobile aussi), mais les suppléments ne datent pas d'hier.


Au centre, un autre combiné en bakélite : la manette du bas permet de passer de phares en feux de croisement et le bouton central actionne l'avertisseur Lucas Altette.

 

Côté pilote maintenant, le thermomètre d'eau Jaeger, lui aussi en option, et le gigantesque tachymètre.

 

MGJ2Tach

 

Ce dernier instrument, œuvre de la compagnie Smith & Sons, London, est un bel exemple de l'ingéniosité britannique et mérite qu'on s'y attarde. Il s'orne de trois échelles circulaires concentriques.


L'échelle extérieure, la plus lisible, indique la vitesse en mph (miles per hour). Elle est très optimistement graduée jusqu'à 100 mph... soit 160 km/h ! Les J2 remises à la presse automobile à sa sortie en juillet 1932 atteignaient une vitesse maximale de 80 mph, soit 128 km/h. C'était la performance revendiquée par l'usine, et c'était sensationnel pour l'époque et pour une voiture de prix abordable. En réalité, les premières voitures livrées aux clients ont provoqué de nombreuses réactions de dépit car elles n'étaient pas aussi rapides et montraient ainsi que les exemplaires "presse" avaient été quelque peu affûtés. L'usine a réagi, mais comment ? C'est une autre page de la légende MG.

 

La deuxième échelle indique une approximation du régime moteur en 4e (RPM TOP signifie : tours moteur par minute en prise directe). C'est une approximation car l'indication ne provient pas d'une mesure directe sur l'arbre à cames, mais d'un calcul intégrant le rapport de boîte, le rapport de pont... et le développement des roues. En pratique, l'échelle se lit comme suit : à 60 mph en 4e (soit 95 km/h, tout le monde suit ?), le moteur tourne à 4000 t/min. Et, à la vitesse maxi annoncée de 80 mph, à 5200 t/min, ce qui commence à faire pour un 4 cylindres de 847 cm3 pingrement équipé d'un villebrequin "fil de fer" tourillonnant sur deux paliers, même si la distribution est assurée par un arbre à cames en tête.

 

La dernière échelle, celle du centre, indique aussi le régime moteur, mais cette fois en 3e. Par expérience, cette dernière échelle n'est guère utilisable, car quand l'aiguille est à la verticale on approche le régime maximal autorisé (5500 t/min) et les 100 km/h. Et à cette vitesse dans une J2, on a autre chose à faire qu'à surveiller le compteur (entre autres : maintenir la voiture sur la route).

 

Enfin... à l'arrêt, on peut encore contempler les deux indicateurs de mileage, total et partiel, joliment disposés en arrondi au centre.

 

Un détail vous aura sans doute frappés sur ce tableau de bord : le célèbre octogone MG. Il y en a 5. Et dans le reste de l'habitacle, du moyeu du volant Bluemels en passant par les pochettes des contre-portes, et même la tourelle du levier de vitesses, 7 de plus. Sur la caisse, 6 encore et 5 de plus dans le compartiment moteur ! Si j'ai bien compté, on arrive pour toute la voiture à 23 octogones.

 

C'était le dada de Cecil Kimber, patron de la firme. Mais davantage qu'un dada, il montrait la vision d'un précurseur en matière d'image de marque. Ses voitures étaient au départ des Morris et Wolseley améliorées et il devait faire oublier cette parenté somme toute sans grand prestige pour créer sa propre identité. Et ça a marché ! Il n'empêche qu'à la cantine de l'usine d'Abingdon, entre deux gorgées de thé au lait, on murmurait que si le patron avait pu équiper ses voitures de roues octogonales plutôt que circulaires, il l'aurait fait...


 


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