Histoire de cyclecaristes : contrôle routier de crise

Publié le par lesdecoiffes.over-blog.com

 

C'était le week-end des Rameaux du côté de Cavalaire sur Mer, après une tonique matinée sur les petites routes du massif des Maures, un de ces jours où on oublie l'hiver, la crise et les temps si durs.


L'Amilcar avait enchaîné gaiement plusieurs cols, dont le dernier, le Canadel, sur les chapeaux de roue. Je croisais paisiblement après cet effort sur la corniche qui surplombe la mer quand deux motos, une BMW administrative et... une Harley me dépassèrent en trombe. Les motards (deux sur chaque monture) me firent signe de me garer sur une aire de stationnement.

 

 

- Papiers svp

- Qu'est-ce que j'ai fait ? Je roulais trop vite ?

- Papiers... on verra ensuite pour l'absence de plaque d'immatriculation à l'arrière


 

Controle routier

 

C'était donc ça ! La plaque avait dû se détacher dans une des épingles prises en glissade du train arrière. Sans descendre de la voiture, je tends les papiers tout en examinant le curieux équipage qui m'a arrêté : la Béhème, d'accord, et ils portent les chemises bleues réglementaires, mais la Harley, et ces uniformes camouflage, des stagiaires ricains venus dans le cadre d'un échange ?

 

Je comprends vite que les motards avaient surtout envie de voir l'Amilcar de plus près, alors l'atmosphère se détend, on bavarde. D'ailleurs, cyclecaristes et motards sont faits pour s'entendre. On bavarde et oui, lâche l'un des hommes à la chemise bleue, les temps sont durs, on rogne partout. Il faut multiplier les contrôles routiers mais la Gendarmerie est dépassée et devant l'ampleur de la tâche nous n'avons trouvé qu'une solution : la sous-traitance, l'externalisation comme ils disent. Ici, dans le Var, on a pensé que les Harley feraient l'affaire, alors on les forme à notre boulot.

 

Je ne pus retenir un petit sourire. Ni une pensée mutine : l'Etat est à la rue et les cyclecaristes et les motards, eux, sur la route.

 

- Enfin, bon, vous pouvez y aller. Pour votre plaque, on passe, mais régularisez au plus tôt, des fois que vous tombiez sur plus tatillons que nous.

 

Les stagiaires approuvèrent en silence. Je n'avais toujours pas bougé de l'Amilcar et je dus en descendre pour mettre en marche. Point mort, contact magnéto, un doigt pour remplir la cuve du Solex et...


- Fatche de... il va la démarrer à la manivelle !

- Eh oui, les temps sont durs, alors on économise l'électricité. Allez, avouez que vous aussi vous aimez bien démarrer au kick.

 

La réponse s'est perdue dans les rigolades, dans le vacarme de  l'Amilcar en échappement libre, dans le tonnerre du bi-cylindre de la Harley, le ron-ron de la Béhème et tout le monde a repris la route.

 

En contrebas, les poissons rigolaient aussi et sautaient ventre à l'air à la surface bleue de la Méditerranée, une crise de fou rire.


 


 



Commenter cet article