Histoires de cyclecaristes : la Quadrillette et les enturbannés

Publié le par lesdecoiffes.over-blog.com

L'été 2003, la canicule, vous vous souvenez ?


Il y avait cette année-là un rassemblement de cyclecars en Vendée. Quelle chaleur sur ces routes droites, dès le matin. Tout était brûlant, la route, les sièges, les joncs de caisse en alu, les volants même. Sur le bitume fondant, au-dessus des mirages, flottait la vapeur d'eau qui s'échappait des radiateurs. "Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? Je ne vois que le soleil qui poudroie..." Mais de l'herbe qui verdoie, que nenni.


Le soir, tout le monde est rentré rincé. Enfin, pas tout à fait tout le monde, car manquait à l'appel une paire de citoyens de sa Très Gracieuse Majesté.


- Qui ça ?

- Les Anglais avec la Quadrillette, ils ont eu un accident.

 

Consternation, on cherche des nouvelles, on ne sait pas trop, ils sont à l'hôpital.


Une paire d'Anglais ? Une Quadrillette ? Tiens, ça me dit quelque chose. L'année d'avant, dans les Monts du Lyonnais, nous avions été plusieurs à nous arrêter au bord de la route à côté d'une Quadrillette abandonnée, de guingois sur trois roues, pour finir par apercevoir, dans les herbes déjà hautes, notre paire en train de chercher dans la prairie... la quatrième roue échappée.


- Ce sont eux ?


Quelques nouvelles arrivent, plus rassurantes. Oui, ce sont bien eux, ils sont secoués mais sains et saufs. Il paraît qu'ils avaient un peu soif à midi (il a fait chaud, hein ?), qu'ils sont partis guillerets après l'avoir copieusement étanchée, jusqu'à trouver sur leur route, en plein bocage, un tracteur qui sortait d'un champ. La Quadrillette Peugeot ayant beaucoup de qualités mais peut-être un certain manque de stabilité dans les cas d'urgence, tout cela s'est terminé par un béret. Et notre paire d'Anglais dans les prés, once again. Les Anglais adorent le jardinage, c'est bien connu.

 

Mais sains et saufs, c'était bien le principal. Rassurés, nous sommes passés à table. Nous avions à peine entamé l'entrée quand le silence se fit : ils étaient de nouveau parmi nous, nos Anglais. Enturbannés tous les deux, un bras en écharpe pour l'un, un bandage sur la jambe pour l'autre. Standing ovation.


- Merci, merci

- Et la Quadrillette ?  

- Probablement détruite, mais maintenant, je crois que nous avons un peu soif".

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