Histoires de cyclecaristes : Saga, c'est...

Publié le par lesdecoiffes.over-blog.com

Le printemps était venu et avec lui le terme de l'hibernation.


Enfin, hibernation pour l'Amilcar seulement, pas pour son propriétaire qui s'était gelé tout l'hiver ou presque dans son garage à travailler sur la belle (sans la réveiller). Sur un coin de l'établi, la liste des travaux : elle avait du mal à tenir, même écrit serré, sur trois pages de cahier. A la fin de l'hiver toutes les lignes étaient rayées, le printemps était là et la route ouverte.


Ce printemps-là tombait bien, un Dimanche. Niveaux, dernières menues vérifications, rituel de la remise en route, on appelle l'essence, ça gicle comme il faut, mais la magnéto Saga, refaite à l'automne, va-t-elle donner ? Ca toussote un peu, deux cylindres, puis trois, puis quatre et ça sonne bien clair, ouf ! Première, seconde, prise directe et ça roule.


Quel délice que celui des premiers tours de roue du printemps. De l'auto ou de la nature, on ne sait quoi regarder, et écouter, et sentir. Dix kilomètres et l'auto est en température et tout fonctionne. Le calage de la magnéto, toujours délicat, semble parfait. Il faudra bien donner un peu plus de garde à l'embrayage, serrer un poil le papillon de la tringle de frein gauche, revoir l'alignement du capot qui bat, déposer la montre et la secouer un peu pour qu'elle démarre elle aussi. Des broutilles. Mais avant, il faudra d'abord penser à voter car c'est un Dimanche d'élections. D'ailleurs, la matinée est bien avancée, le poulet doit être au four et il faut rentrer.


Un petit village, la rue principale, la Mairie, les citoyens qui en sortent après avoir accompli leur devoir de citoyen, et sourires, signes de la main et acclamations pour la trapadelle qui passe sur un filet de gaz et qu'on suit du regard.


Las ! Deux cent mètres plus loin, une terrible déflagration secoue l'air et le moteur s'arrête net. Capot ouvert, quelques tours de manivelle : pas d'étincelle aux bougies, c'est bien la magnéto.


Saga. Refaite.


Quelques villageois, déjà tirés de leur routine par le passage aux urnes, accourent observer avec curiosité le si petit moteur qui a causé un tel émoi. En silence, ils assisteront en prime au remplacement de la Saga par une SEV de rechange précautionneusement embarquée dans la pointe. On la calera approximativement,  le moteur parlera de nouveau, les villageois aussi, l'Amilcar reprendra la route sous les acclamations et chacun pourra alors rentrer chez soi car les poulets, eux, rôtissaient et n'allaient pas tarder à être prêts.


C'était la deuxième panne sur cette magnéto-là. A la première, le bloc rupteur s'était dévissé de son support, un ami avait soufflé : "Saga, c'est plus fort que toi" et on avait bien ri. Cette fois, c'est le crayon qui avait cassé net, désorganisant le fameux cycle à quatre temps. Mais ce crayon-là est pardonné : il avait écrit une histoire drôle et le poulet dominical n'était même pas sec.

 

Epilogue : c'est un bel objet que cette Saga, patinée comme il faut. Elle trône maintenant en bonne place dans le garage, sur une étagère. Un de ces jours, il faudra lui trouver une belle cloche en verre et la monter sur un socle orné d'une plaque en laiton poli qui dira : "Saga, c'est plus fort que toi".

 


 

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renaud 07/06/2011 08:08


J'aimais bien les décoiffés mais cela devient grave: je suis maintenant sous le coup d'une dépendance. Heureusement je suis abonné.