Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

4 articles avec tableaux de bord

Tableaux de bord : Amilcar C6

Publié le par lesdecoiffes.over-blog.com

 

Nous voici à bord de la plus tonitruante et la plus capée des Amilcar, la (ou le) C6.

 

L'étude de cette voiture débuta en 1924. Il s'agissait pour la marque de reprendre la main après quelques défaites en course derrière l'éternel rival Salmson, dont le moteur à double arbre à cames en tête était bien supérieur au latéral des Amilcar, mais tout en restant dans la catégorie des 1100 cc (pour éviter la concurrence de Bugatti !). Le nouveau modèle, baptisé CO, fut d'abord exclusivement utilisé en course et engagé par l'usine seule dès 1925. Il alignait une suite de caractéristiques techniques impressionnante : 6 cylindres, bloc borgne, vilebrequin monté sur roulements à rouleaux, double arbre à cames en tête, compresseur Roots, graissage par carter sec, le tout dans un châssis très compact et léger. Une vraie bombe qui permit à la marque de retrouver les premières places en compétition.

 

En 1926, et devant la demande pressante d'amateurs avertis, elle fut présentée en version "client" dans une définition  assagie (culasse détachable, équipage mobile monté sur paliers régulés, entre autres) mais encore, disons... tonique puisque développant plus de 60 ch. Le C6 était né. Une soixantaine de ces voitures "compétition-client" furent fabriquées. C'est à bord de l'exemplaire qui fut présenté au Salon de l'Autombile de Paris en 1926 que nous sommes installés (voir aussi une photo de la voiture dans la rubrique "Galerie de Cyclecars" de septembre 2010).

 

Avant de détailler le tableau de bord, on remarque le splendide pédalier et sa pédale d'accélérateur au centre et, de l'autre côté du tunnel de transmission, le robuste repose-pieds du passager. On remarque aussi le volant, bien à l'abri derrière le beau saute-vent tôlé riveté à la caisse.

 

 

TBB Amilcar C6

 

Le tableau de bord lui même est en aluminium bouchonné et il est solidement fixé au tablier par les deux fois quatre vis à tête ronde, système repris du CGSS.

 

Tout à gauche, la commande de la pompe manuelle permet de mettre sous pression le réservoir d'essence, placé dans la pointe arrière, avant la mise en route. Une fois le moteur en marche, une pompe mécanique prend le relai. La pression d'alimentation est indiquée sur le cadran immédiatement au dessus et la pompe manuelle est toujours disponible au cas où la pression viendrait à chuter.

 

Entre les deux, le long levier règle l'avance à l'allumage (par magnéto). Plein retard au lancement du moteur (à la manivelle car il n'y a pas de démarreur électrique), puis à l'avance nominale quand il tourne sur tous ses cylindres. La volumineuse molette qui émerge du tableau permet de régler le débit de la pompe à huile. Sa sœur jumelle, placée sous le tableau, le ralenti accéléré.

 

A tout seigneur tout honneur sur une voiture dont le moteur peut prendre 6500 t/min, le compte-tours. Ou plutôt les compte-tours, car le cadran à sa droite n'est pas un tachymètre, mais un deuxième compte-tours. La voiture en compte en effet deux, un par arbre à cames. Cet exemple est unique dans l'automobile, et on ignore la raison de ce choix. Le deuxième est-il là en cas de défaillance du premier ? Ou permettait-il au copilote de surveiller lui aussi le régime moteur ? En tous cas, ces  deux compte-tours forment une belle paire.

 

Juste au-dessus d'eux, bien au milieu du tableau, trône l'indispensable manomètre de pression d'huile siglé Amilcar et gradué juqu'à 6 kg.

 

Le dernier cadran est un beau thermomètre d'eau, d'une taille inhabituelle, signé "Etablissement Jules Richard".

 

Un tableau de bord somme toute plutôt sobre pour une voiture exceptionnelle dans l'histoire de l'automobile, une voiture qui par ses performances et sa rareté est le Graal des Amilcaristes, et qui, au-delà, fascine tous les admirateurs de sportives d'avant-guerre.

Publié dans Tableaux de bord

Partager cet article

Repost 0

Tableaux de bord : MG J2

Publié le par lesdecoiffes.over-blog.com

 

Aujourd'hui, prenons place à bord d'une des plus sympathiques sports cars anglaises d'avant-guerre, la MG J en version 2 places. Sortie à l'été 1932, cette petite boule de nerfs tentait de séduire les sportifs de l'époque, et son tableau de bord devait être à la hauteur de ses ambitions. Sur les évolutions ultérieures, PA, PB, TA, TB et TC, ce tableau deviendra par petites touches plus cossu (bois, chromes), sinon plus complet. Cette première mouture est très cyclecar.

 

Ce qui frappe d'abord, c'est le double bossage de l'auvent. Outre leur contribution à la ligne de la voiture, ces deux bossages faisaient office de saute-vent, protégeant pilote et passager quand ils visaient la vitesse maximale, laquelle ne pouvait être obtenue que pare-brise rabattu (enfin... obtenue, à peu près, on y reviendra). Et puis, il y a tous ces encadrements octogonaux, qui rappellent le monogramme de la marque, on y reviendra aussi.

 

La "planche" de bord elle-même est une plaque d'aluminium bouchonné vissée directement sur l'ossature en frêne de la caisse.

 

MGJ2TBB

 

Face au passager, la grande platine octogonale en laiton embouti peint en noir combine (en partant de 12 h et dans le sens des aiguilles d'une montre) le contacteur d'éclairage, qui comporte en son centre le logement de la clé de contact Wilmot Breeden, un petit logo MG, le manomètre de pression d'huile Smith gradué en livres par pouce carré, l'amperemètre Lucas, et enfin l'énorme témoin de charge. Les deux champignons rouge et noir à 6 h : une prise qui recevait un "éclairage d'inspection", petite lampe fournie avec la voiture.

 

Immédiatement à droite, la montre mécanique Smith, proposée dans l'option "Deluxe". Aujourd'hui, on dirait Expression, Sensation, Premium, Exclusive, les temps changent (l'automobile aussi), mais les suppléments ne datent pas d'hier.


Au centre, un autre combiné en bakélite : la manette du bas permet de passer de phares en feux de croisement et le bouton central actionne l'avertisseur Lucas Altette.

 

Côté pilote maintenant, le thermomètre d'eau Jaeger, lui aussi en option, et le gigantesque tachymètre.

 

MGJ2Tach

 

Ce dernier instrument, œuvre de la compagnie Smith & Sons, London, est un bel exemple de l'ingéniosité britannique et mérite qu'on s'y attarde. Il s'orne de trois échelles circulaires concentriques.


L'échelle extérieure, la plus lisible, indique la vitesse en mph (miles per hour). Elle est très optimistement graduée jusqu'à 100 mph... soit 160 km/h ! Les J2 remises à la presse automobile à sa sortie en juillet 1932 atteignaient une vitesse maximale de 80 mph, soit 128 km/h. C'était la performance revendiquée par l'usine, et c'était sensationnel pour l'époque et pour une voiture de prix abordable. En réalité, les premières voitures livrées aux clients ont provoqué de nombreuses réactions de dépit car elles n'étaient pas aussi rapides et montraient ainsi que les exemplaires "presse" avaient été quelque peu affûtés. L'usine a réagi, mais comment ? C'est une autre page de la légende MG.

 

La deuxième échelle indique une approximation du régime moteur en 4e (RPM TOP signifie : tours moteur par minute en prise directe). C'est une approximation car l'indication ne provient pas d'une mesure directe sur l'arbre à cames, mais d'un calcul intégrant le rapport de boîte, le rapport de pont... et le développement des roues. En pratique, l'échelle se lit comme suit : à 60 mph en 4e (soit 95 km/h, tout le monde suit ?), le moteur tourne à 4000 t/min. Et, à la vitesse maxi annoncée de 80 mph, à 5200 t/min, ce qui commence à faire pour un 4 cylindres de 847 cm3 pingrement équipé d'un villebrequin "fil de fer" tourillonnant sur deux paliers, même si la distribution est assurée par un arbre à cames en tête.

 

La dernière échelle, celle du centre, indique aussi le régime moteur, mais cette fois en 3e. Par expérience, cette dernière échelle n'est guère utilisable, car quand l'aiguille est à la verticale on approche le régime maximal autorisé (5500 t/min) et les 100 km/h. Et à cette vitesse dans une J2, on a autre chose à faire qu'à surveiller le compteur (entre autres : maintenir la voiture sur la route).

 

Enfin... à l'arrêt, on peut encore contempler les deux indicateurs de mileage, total et partiel, joliment disposés en arrondi au centre.

 

Un détail vous aura sans doute frappés sur ce tableau de bord : le célèbre octogone MG. Il y en a 5. Et dans le reste de l'habitacle, du moyeu du volant Bluemels en passant par les pochettes des contre-portes, et même la tourelle du levier de vitesses, 7 de plus. Sur la caisse, 6 encore et 5 de plus dans le compartiment moteur ! Si j'ai bien compté, on arrive pour toute la voiture à 23 octogones.

 

C'était le dada de Cecil Kimber, patron de la firme. Mais davantage qu'un dada, il montrait la vision d'un précurseur en matière d'image de marque. Ses voitures étaient au départ des Morris et Wolseley améliorées et il devait faire oublier cette parenté somme toute sans grand prestige pour créer sa propre identité. Et ça a marché ! Il n'empêche qu'à la cantine de l'usine d'Abingdon, entre deux gorgées de thé au lait, on murmurait que si le patron avait pu équiper ses voitures de roues octogonales plutôt que circulaires, il l'aurait fait...


 


Publié dans Tableaux de bord

Partager cet article

Repost 0

Tableaux de bord : Bugatti 35

Publié le par lesdecoiffes.over-blog.com

 

Faisons un rêve : nous allons nous installer au volant de la dream-car des sportifs des années 20, la Bugatti 35.

 

TBB Bugatti 35

 

Il faut enjamber l'échancrure de la caisse, se glisser sur le spartiate coussin en cherchant où caser tous les pieds, et ça y est, on est installé face au volant à branches aluminium et cerclage bois. On se demande bien quel est le curieux dispositif qui trône au centre, réponse tout à l'heure.

 

La planche de bord, le seul élément de l'habitacle à peu près exempt de projections d'huile, est en aluminium bouchonné et fixé par des rivets affleurants en cuivre (contre les vibrations).

 

Tout en bas à gauche, la manette qui ressemblerait presque à une poignée de porte, et qu'agite frénétiquement le pilote avant de faire rugir le huit cylindres commande une pompe manuelle. Pas pour gonfler les roues, mais pour mettre sous pression le réservoir d'essence qui occupe presque toute la pointe arrière (car la voiture n'a pas de pompe à essence conventionnelle... vous suivez ?)

 

Au-dessus, le commutateur d'éclairage et la montre indiquent que cette voiture-là a été civilisée pour un usage routier.


Les trois petits cadrans en dessous peuvent renseigner si on a le temps de les consulter sur le niveau d'essence, la température d'eau et la pression d'huile.

 

Avant de quitter le côté gauche, attardons nous un instant sur la petite manette verticale au dessin très, très Bugatti. Elle permet de régler à la volée l'avance à l'allumage. C'est une commande essentielle et le pilote peut l'actionner du bout du doigt sans lâcher le volant.

 

Côté pilote maintenant, un coupe circuit rapide qui met la magnéto à la masse (rapide, quoique... puisqu'il faut passer la main à travers les branches du volant pour l'actionner).

 

Et le gigantesque compte-tours. Il est diabolique, ce compte-tours : il progresse par secteurs, par soubressauts de sa fine aiguille alors que le son du huit cylindres passe des graves aux aigus.

 

Le levier de vitesses ? Il est rejeté à l'extérieur de la caisse sous la main droite du pilote.

 

Alors, la pieuvre orange et ses huit tentacules en plein milieu du tableau ? C'est la magnéto. Et pourquoi l'avoir placée là ? Pour l'abriter des projectionds d'eau et d'huile ?

 

Le rêve continue, on n'est pas encore réveillé. Première, ça pousse très fort, deuxième à fond, ça pousse encore et ainsi de suite jusqu'à la quatrième, et ça pousse toujours. Il faut l'avoir vécu, et là, on est complètement réveillé. Les roues avant dansent sur le bitume et le grand compte-tours est finalement le seul instrument qu'on a le temps de regarder, et encore, dans un éclair de lucidité.

 

Publié dans Tableaux de bord

Partager cet article

Repost 0

Tableaux de bord : Amilcar CC course 1923

Publié le par lesdecoiffes.over-blog.com

 

Je ne sais pas vous, mais les tableaux de bord de voitures sportives m'ont toujours fasciné, dès l'enfance. On regardait d'abord le compteur de vitesse, et surtout le dernier chiffre en bas à droite : "t'as vu, elle fait du 160 !". Et puis on comptait le nombre de cadrans : plus il y en avait, plus l'auto était sportive. Souvent placé au centre face au regard du pilote, un cadran en particulier, orné d'un triangle ou d'une épaisse ligne rouge, classait sans discussion possible la voiture : le compte-tours. Je me souviens de notre première voiture familiale qui en était équipée, une Panhard PL17 à moteur Tigre de 1964, je me souviens aussi que mon père avait mis l'aiguille dans le rouge sur la ligne droite des Hunaudières.

 

Voici donc cette nouvelle rubrique : Tableaux de Bord, et pour l'inaugurer, un des plus extraordinaires qu'il m'ait été donné de voir, celui d'une Amilcar CC très spéciale (l'Obus pour ceux qui la connaissent).


 

Tableau de bord Amilcar obus red

 

Partons à sa découverte, de gauche à droite.

 

- la montre : mécanique, 36 h de réserve de marche, en chiffres romains


- Le Nivex, nom déposé, qui indique le niveau d'essence (brevet Badin, ingénieur bien connu des aviateurs)


- le thermomètre d'eau, énorme, magnifique, dont le nom de Vapor est l'expression d'un ineffable humour quand il est monté sur un moteur refroidi par thermo-syphon...


- le voltmètre, qui indique qu'une batterie a été installée


- le bloc Bi-Rupteur HEB mérite qu'on s'y attarde. Les 4 petites fenêtres rondes en celluloïd étaient censées montrer une étincelle dans l'ordre d'allumage et ainsi indiquer que tout allait bien de ce côté ; le commutateur central "Ouvrir-Fermer" mettait ou non l'indicateur en fonction. Le propriétaire de l'auto confie que les 11 m (!) de câblage nécessaires au fonctionnement du dispositif rendent parfois celui-ci capricieux au point de causer des ratés d'allumage. Le mieux est parfois l'ennemi du bien. Mais enfin, quel bel instrument.


- l'ampèremètre, juste en dessous, est plus classique : courant produit, courant consommé, l'aiguille est au milieu quand tout va bien.


- Face au pilote, le fameux compte-tours, un Jaeger, superbe, et surtout généreusement gradué, pour un bloc à barbotage et un villebrequin monté sur deux paliers, à 6000 t/min, et sans zone rouge ! Et en plus, il tourne à l'envers, tout cela est décidément très "course".


- Le compteur de vitesse enfin, qui affiche lui aussi un chiffre optimiste et tourne lui aussi à l'envers.

 

Le peu de place encore disponible sur le tableau en aluminium est occupé par divers accessoires tels que les deux lampes d'éclairage des cadrans (en haut, à gauche et à droite), les fusibles dans leur boîtier rectangulaire et encore deux ou trois protubérances non identifiées. La médaille de Saint-Christophe qui est aussi la plaque du propriétaire occupe une place de choix, comme le commutateur allumage-éclairage Ducellier siglé Amilcar. A propos de ce dernier, son dessin comme la présence d'une manette "Codes-Phares" signalent qu'il a été monté après la fabrication de la voiture puisqu'en 1923 les feux de route à deux filaments n'existaient pas encore.

 

 

Ah, si, j'allais presque oublier : que commandent ces manettes disposées sur les quatre branches du volant : le régulateur de vitesse, la stéréo, la connexion téléphone Bluetooth, la navigation GPS ? Mais non, aucun de ces gadgets, suite et fin de la visite :

 

- en bas à gauche : commande de fermeture du volet d'air du carburateur (starter)

- en haut à gauche : accélérateur à main, pour la chauffe ou en cas de bouchage du gicleur de ralenti

- en haut à droite : réglage de l'avance à l'allumage

- enfin, en bas à droite, la commande du plus baroque des dispositifs qui équipent cette voiture : une surpression temporaire de l'air d'admission au carburateur qui donnait un surcroît de puissance, mais pas longtemps, le temps que les pressions s'équilibrent.

 


Quel ensemble fascinant forment tous ces indicateurs et commandes. A 100 et plus à l'heure dans cette carlingue, sur des pneus à talons et sans freins à l'avant, il ne fallait pas non plus oublier de surveiller le reste : la route...

 


Publié dans Tableaux de bord

Partager cet article

Repost 0