Hivernale 2012 dans les Pyrénées audoises
Monsieur l'abbé Marty, curé de Cucugnan, était bon comme le bon pain et tout le monde l'adorait.
Ainsi commence un des contes des Lettres De Mon Moulin d'Alphonse Daudet, mais n'anticipons pas.
Ce Vendredi 23 novembre, ce sont 16 moulins tournant comme des horloges qui sont au rendez-vous à Limoux pour le départ de cette 3e Hivernale des Décoiffés. Nous sommes ici au cœur du Languedoc. Pique-nique pour midi dans les coffres, la colonne file vers la Cité de Carcassonne pour une première journée de mise en jambes. Retour à Limoux pour le dîner et le traditionnel loto dont le gros lot est toujours l'organisation de la prochaine. And the winner is... Mais là non plus n'anticipons pas.
Le Samedi, les affaires sérieuses commencent avec 200 km de route vers les Pyrénées. Les anglaises fournissent le gros du plateau : Jaguar XK et Type E, MG B et GT, Triumph TR3 et TR4, Austin-Healey. Deux Porsche et une Mercedes sont aussi au départ, et une seule italienne, une Ferrari quand même. Trois avant-guerre ouvertes complètent courageusement l'équipée : une Amilcar, une Delage et une Rally.
On approche par des vallées sauvages et d'étroits défilés jusqu'au pied du premier col. 3e, 2e, on enroule les premières épingles.
Une fois en haut, les sommets enneigés du massif du Carlit dessinent l'horizon et une XK s'en met plein les mirettes.
Au déjeuner, à la station de sports d'hiver des Angles, nous ne serons qu'à quelques kilomètres à vol d'oiseau de Font-Romeu, c'est dire en pleine montagne. Le retour à la base de Limoux se fera par la route directe, les exploits de pilotage ayant été dûment homologués dans la matinée.
Le Dimanche, on part un peu plus tard, mais ça ne traîne pas pour autant, comme cette très rapide Amicar CGSS et à son bord d'intrépides et souriants habitués de cette rando.
L'itinéraire nous rapprochera de quelques hauts lieux de la résistance cathare, dont les châteaux de Puylaurens, Peyrepertuse, Quéribus. Il empruntera quelques routes spectaculaires, comme celle des gorges de Galamus où rugiront les moteurs, comme ici le 6 cylindres 3 l de la Delage.
Au débouché des gorges, casse-croûte. Pas de terrine ni de fromage cette fois, mais des huîtres de Leucate, arrosées d'un crémant de Limoux (cépage Mauzac) admirable. L'association est osée mais le résultat est une vraie découverte.
En passant, chapeau bas aux vignerons de ce Sud, longtemps dénigrés, longtemps relégués au rang de "pinardiers", et qui ont su, en travaillant dur, pousser sur le devant de la scène œnologique leur Syrah et leur Mourvèdre, leur Mauzac et leur Carignan et même acclimater des Chardonay à faire verdir les Bourguignons...

Et on reprend la route sous le soleil, lestés de ces fraîches saveurs. On passe à Bugarach, où la matinée est calme. Ah, oui, si vous ne saviez pas que ce village, et en particulier la montagne qui le surplombe, sera le dernier refuge à l'apocalypse planétaire annoncée pour le 21 décembre prochain, vous le savez maintenant !
On se retrouve pour la clôture à l'Auberge des Vignerons de Cucugnan, où mijote depuis le matin (la veille au soir ?) un civet de sanglier au vin de Corbières.
Cucugan... Nous y voilà, car après le délicieux déjeuner, nous pourrons écouter dans le petit théâtre du village quelques extraits du fameux sermon du curé, ce texte qui prend une résonance particulière dans ce pays de dissidence cathare.
La prochaine Hivernale ? Le gagnant du loto est Alain, qui l'organisera dans son Vaucluse.
Merci à Dick et à Mick, nos deux Languedociens d'adoption, pour ce cru 2012, pour ces belles routes, ces bonnes tables et ces vins qui chantent avé l'assent !